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Cursus

SHS/Philosophie

Objectif

Il y a vingt cinq siècles, les hommes ne connaissaient ni l’électricité ni les antibiotiques ni la télévision ni Internet. Et pourtant, ils ont été quelques-uns, dans le berceau méditerranéen de la Grèce antique ainsi que dans d’autres régions du monde – en Perse, en Chine, en Inde - à « inventer » la philosophie comme discipline théorique et la sagesse comme idéal pratique d’une vie réussie. Qu’est-ce que la philosophie ? C’est une activité rationnelle qui tente de répondre aux interrogations que se posent les hommes concernant le cosmos, d’abord, puis très rapidement concernant l’homme lui-même d’un point de vue métaphysique, moral, politique ou esthétique. Aujourd’hui, en réponse à l’idéologie de la vitesse et de la performance individuelle, la philosophie oppose la nécessité de la réflexion critique et du « bien vivre ». Car il ne s’agit pas seulement de vivre, ni même seulement de penser mais d’exister humainement, c’est-à-dire, selon l’expression de Bergson, de penser sa vie et de vivre sa pensée.
Le cours entend présenter un aperçu des principales écoles philosophiques de l’Antiquité à nos jours. La méthode utilisée se veut historique et culturelle en ce qu’elle permet de situer tout à la fois la permanence et l’évolution des interrogations suivant les époques en les contextualisant dans une histoire des idées et des mentalités.

Sommaire

Le fil conducteur du cours est de montrer la portée pratique (ou praxéologique) des théories philosophiques. Comme l’a montré P. Hadot, la philosophie est conçue dans l’Antiquité à la fois comme une « théorie » (theoria) et comme une « manière de vivre » (praxis). Les différentes théories élaborées au sein des différentes écoles avaient en effet pour but « de former plutôt que d’informer » et elles s’accompagnaient d’exercices spirituels (modérer ses passions, s’adonner à la méditation, considérer les choses d’un point de vue supérieur). Même si à l’époque moderne, les philosophes se sont davantage orientés vers la construction de grands systèmes destinés à expliquer le monde et la société, ils n’ont pas eu d’autre but que de rechercher comment améliorer la vie humaine.

1. L’Antiquité
Dans l’Antiquité, sur les fondations des penseurs présocratiques qui tentent de penser le réel de manière rationnelle et non plus mythique et religieuse, on relève six écoles philosophiques : le platonisme, l’aristotélisme, le cynisme, le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme. Chaque école se caractérise par une manière de vivre particulière et ces différentes attitudes philosophiques représentent autant de « laboratoires expérimentaux » dont nous pouvons utiliser les résultats.

2. Le christianisme
Le christianisme introduit en Occident, sur le terrain des idées, une révolution conceptuelle considérable qui redéfinit les notions grecques de cosmos, du mal et du salut. Il s’agit moins désormais d’être sage que d’être saint, moins de consentir à la nécessité mal que de le combattre, moins d’accepter la mort que de croire en l’immortalité. Le christianisme affirme que Dieu est créateur du ciel et de la terre et qu’il a envoyé son Fils parmi les hommes pour les sauver. Ces affirmations relèvent de la foi - et non de la raison- mais elles impliquent aussi une nouvelle conception de l’homme. En Occident, deux courants philosophiques, l’augustinisme et le thomisme, s’efforcent de tirer les conséquences du message chrétien, en montrant que celui-ci s’adresse à un sujet responsable et non plus soumis à la force aveugle du Destin. Ils inventent également un nouveau rapport à soi : l’intériorité.

3. La modernité
Deux nouveautés apparaissent à l’époque moderne (XVIIe et XVIIIe siècles) : l’homme développe une physique qui lui permet de maîtriser le monde (Descartes) ; il développe également une action avec autrui qui lui permet de transformer la société (Rousseau). La raison humaine se fait conquérante à l’époque moderne et elle se détache de ses racines théologiques. On discutera, à ce propos, la thèse de M. Gauchet disant que « le christianisme est la religion de la sortie de la religion ». Cette thèse peut se résumer de la manière suivante. La religion est l’unité de l’homme et du sacré. En sécularisant le cosmos (qui n’est plus qu’une créature), l’autorité (qui n’est plus qu’humaine), le christianisme permet à l’homme de devenir maître de son destin. La conquête moderne invente, elle aussi, un nouveau rapport à soi : l’individualisme.

4. Le kantisme
La philosophie de Kant apparaît comme un point d’aboutissement de la modernité et aussi comme un nouveau point de départ. Pour Kant, connaître, c’est avant tout faire de la physique à la manière de Newton. Par exemple, on calcule comment deux masses en mouvement interagissent, ce qui suppose qu’on dispose de certaines idées qui ne dérivent pas de l’expérience mais qui s’appliquent à l’expérience (comme le principe de causalité). La raison théorique objective les phénomènes spatio-temporels et fait apparaître leur légalité. Mais elle cherche aussi à dépasser les phénomènes et à atteindre des réalités en soi. Or cette tentative est impossible, selon Kant, car la raison humaine ne dispose pas d’une intuition suprasensible. Si la métaphysique traditionnelle est dès lors vouée à l’échec, la raison pratique autorise un discours sur le moi, le monde et Dieu : je m’apparais comme obligé de respecter autrui de manière inconditionnelle. Il y a là un « fait » qui n’a plus rien à voir avec l’expérience spatio-temporelle.

5. La pensée post-moderne
L’étape de la pensée nietzschéenne est celle de la « déconstruction », de la critique des illusions métaphysiques des anciennes visions du monde. C’est à son propos, ainsi qu’à propos de Marx et Freud, que le philosophe Paul Ricoeur a lancé l’expression : « Maîtres du soupçon ». Le soupçon va plus loin que la critique : il sape les bases mêmes sur lesquelles l’existence des hommes repose. A quoi s’en prennent les penseurs « postmodernes » ? Aux deux convictions les plus fortes qui animèrent les Modernes : celle selon laquelle l’homme serait le centre du monde, le principe de toutes les valeurs morales et politiques, d’une part, et celle selon laquelle la raison est une formidable puissance émancipatrice qui permet à l’homme d’être plus libre : en ce sens, la pensée postmoderne va s’ériger de manière critique – et avec Nietzsche de manière décapante – contre deux postulats : celui de l’humanisme et celui du rationalisme.

6. La marche des idées contemporaines
C’est une crise des fondements qui caractérise notre univers contemporain, crise par ailleurs visible dans l’économie (effondrement des marchés mondiaux), dans la science (structures dissipatives, théorie du chaos…), dans la philosophie (comment penser sans l’universel ?), dans le droit (remise en question de la législation comme c’est le cas dans l’actuel débat sur l’euthanasie), dans le domaine de l’art (où le beau n’est plus la norme de la création). Comment dès lors prétendre au « bien vivre » ? La pensée contemporaine, héritière de la violence sans précédents qui a motivé deux guerres totales, se trouve confrontée au défi d’un monde marqué par le progrès des technosciences et menacé par des inquiétudes environnementales qui résonnent comme autant d’appels à notre responsabilité. Nous nous intéresserons ici à des questions d’« éthique appliquée » : dans le domaine de la politique, notamment, avec Hannah Arendt et dans le domaine de l’environnement, avec le débat écologique contemporain dont Luc Ferry a donné un écho dans son ouvrage Le nouvel ordre écologique, mettant en débat les positions de M. Serres et de H. Jonas, fondateur d’une nouvelle éthique pour les générations futures. Opposée à la sphère privée, la sphère publique était glorifiée dans la démocratie grecque et valorisée à Rome : pour les Anciens, la liberté se confondait avec l’exercice de la citoyenneté, la vie privée étant qualifiée « d’idiote », de pure singularité, de simple référence à soi. Or cette alliance au sein d’un espace public se réduit aujourd’hui à une « bulle », à un territoire où la liberté se réduit à l’épanouissement et à l’expression des individus. De l’injonction socratique du « Connais-toi toi-même » à la découverte de l’homme intérieur (Saint Augustin se dévoile devant Dieu) et à la légitimité du dévoilement de l’intime (devant les autres) à travers la virtualisation de nos rapports au monde, nous analyserons la naissance de l’individualisme moderne à travers des textes décisifs (le cogito cartésien, les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, l’autonomie de la liberté chez Kant) en les confrontant avec des analyses sociologiques et historiques qui tentent d’établir des liens entre espace psychologique, espace physique ou domestique et cyberculture, sur la toile de fond de ce que Gilles Lipovetsky dénonce comme l’ère du vide : le narcissisme contemporain.

Mode d’évaluation

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