Ecole Eupérieure des Arts



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Objectif

Le cours entend présenter un aperçu des principales écoles philosophiques de l’Antiquité à nos jours. Il s’adresse à des étudiants qui ne sont pas censés avoir de connaissance préalable en la matière. La méthode utilisée est historique car elle permet de situer à la fois la permanence et l’évolution des interrogations suivant les époques. L’orientation est davantage culturelle (on donnera une histoire des idées et des mentalités) qu’encyclopédique (on évitera de fournir une simple nomenclature des auteurs et des systèmes).

Sommaire

Le fil conducteur du cours est de montrer la portée pratique des théories philosophiques. Comme l’a montré P. Hadot, la philosophie est conçue dans l’Antiquité à la fois comme une « théorie » et comme une « manière de vivre ». Les différentes théories élaborées au sein des différentes écoles avaient en effet pour but « de former plutôt que d’informer » et elles s’accompagnaient d’exercices spirituels (modérer ses passions, s’adonner à la méditation, considérer les choses d’un point de vue supérieur). À l’époque moderne, les philosophes ont davantage mis l’accent sur les systèmes destinés à expliquer le monde et la société. Ces systèmes ont cependant une portée pratique : ils indiquent comment améliorer la vie humaine.

Plan

1. La philosophie antique

Dans l’Antiquité, on relève six écoles philosophiques : le platonisme, l’aristotélisme, le cynisme, le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme. Chaque école se caractérise par une manière de vivre particulière.
Platon et ses disciples retiennent de Socrate la maïeutique (qui procède par questions et réponses), ils veulent établir une république juste et ils cherchent à se détacher des passions du corps pour mener une vie contemplative, voire mystique (Plotin).
Aristote et ses disciples sont des savants désintéressés. Ils observent les changements de la nature et des vivants et ils en recherchent les causes. Leur morale est celle du juste milieu et elle tend à atteindre le bonheur dans la cité.
Les cyniques n’ont pas de doctrine : ils mettent en question les conventions de la vie quotidienne pour revenir à la nature non civilisée. C’est Diogène dans son tonneau.
Le stoïcisme apprend à accepter les nécessités de la nature et à se soucier de ce qui dépend de nous. Le stoïcisme peut être adopté aussi bien par un esclave (Épictète) qu’un Empereur (Marc-Aurèle). Il dépasse aussi le cadre de la cité pour s’intéresser au genre humain.
Épicure et ses disciples cherchent à développer, sur la base de l’atomisme de Démocrite, une ascèse des désirs destinée à garder la tranquillité de l’âme. Il faut limiter ses désirs pour être heureux. [N. B. On considère souvent que les épicuriens recherchent uniquement le plaisir mais ce sens est plus tardif].
Les sceptiques sont des conformistes : ils demandent de s’abstenir de juger des choses et ils préconisent d’obéir aux lois et aux coutumes de la cité. [N. B. On considère souvent que les sceptiques mettent tout en question. Ici également, il s’agit d’un sens plus tardif].

Ces différentes attitudes philosophiques représentent, comme le remarque Nietzsche, des laboratoires expérimentaux dont nous pouvons utiliser les résultats. C’est un fait que ces attitudes seront reprises ultérieurement (comme par exemple, l’attitude stoïque devant le malheur). Il faut toutefois bien voir qu’il y a des changements culturels importants qui ont transformé en profondeur la réflexion philosophique.

2. Le christianisme

Le christianisme introduit en Occident, sur le terrain des idées, une révolution conceptuelle considérable qui redéfinit les notions de cosmos, du mal et du salut. Il s’agit moins désormais d’être sage que d’être saint, moins de consentir à la nécessité mal que de le combattre, moins d’accepter la mort que de croire en l’immortalité. Le christianisme affirme que Dieu est créateur du ciel et de la terre et qu’il a envoyé son Fils parmi les hommes pour les sauver. Ces affirmations relèvent de la foi (non de la raison). Mais elles impliquent aussi une nouvelle conception de l’homme. En Occident, deux courants philosophiques, l’augustinisme et le thomisme, s’efforcent de tirer les conséquences du message chrétien, en montrant que celui-ci s’adresse à un sujet responsable et non plus soumis à la force aveugle du Destin.
Augustin est un homme de l’antiquité tardive. Il critique le sceptique qui n’admet pas de certitude (« si je me trompe, je suis »). Il critique aussi le Stoïcien qui prétend être libre mais ne fait qu’accepter la nécessité des choses. Sa découverte fondamentale est celle de la volonté scindée en elle-même : je veux le bien et en même temps je ne le veux pas. Pour sortir de cette division, la volonté doit se transformer en amour. L’amour s’attache au bien et permet de vraiment le connaître. Il suppose aussi l’aide de Dieu, la grâce.
Thomas d’Aquin utilise Aristote pour affirmer l’unité foncière de l’homme : pour lui, l’âme est la forme du corps. À la différence d’Augustin, Thomas estime que la connaissance précède la volonté. Encore faut-il que l’intelligence appartienne en propre à chaque individu. Or, un philosophe arabe, Averroès, prétendait qu’un intellect unique vient penser dans les hommes (« ça pense en eux »). Pour Thomas, cette affirmation ne rejoint pas l’expérience (« cet homme-ci pense ») et elle ôte à l’homme sa responsabilité. Il s’efforce donc de montrer, Aristote à l’appui, que l’intelligence appartient bien à l’âme qui actualise le corps.

3. La modernité

Deux nouveautés apparaissent à l’époque moderne (XVIIe et XVIIIe siècles) : l’homme développe une physique qui lui permet de maîtriser le monde (Descartes) ; il développe également une action avec autrui qui lui permet de transformer la société (Rousseau).
Descartes. À la manière de Platon, Descartes commence par séparer radicalement l’esprit de la matière. L’esprit se saisit par l’acte de penser (cogito, ergo sum). La matière, de son côté, est saisie par les idées claires et distinctes de l’étendue géométrique. En considérant les phénomènes naturels comme résultant des chocs de divers fragments d’étendue, l’homme devient capable de comprendre et reproduire ces phénomènes. La physique moderne est née et elle donne à l’homme de devenir « comme maître et possesseur de la nature », une prétention que critiquera Pascal.
Rousseau prétend que l’homme est bon par nature et que c’est la société qui le corrompt. Le développement des sciences et des techniques rend en effet les hommes inégaux en faisant dépendre les faibles des forts. Le philosophe estime cependant qu’il est impossible de remonter l’histoire. Il préconise dès lors un nouveau contrat social : tous les membres de la société doivent déléguer à l’Etat le soin de garantir les libertés des individus. En obéissant à la loi, expression de la volonté générale, l’homme ne fait donc que s’obéir à lui-même. La Révolution française s’est inspirée de ces vues de Rousseau.

On remarque que la raison humaine se fait conquérante à l’époque moderne et qu’elle se détache de ses racines théologiques. On discutera, à ce propos, la thèse de M. Gauchet disant que « le christianisme est la religion de la sortie de la religion ». Cette thèse peut se résumer de la manière suivante. La religion est l’unité de l’homme et du sacré. En sécularisant le cosmos (qui n’est plus qu’une créature), l’autorité (qui n’est plus qu’humaine), le christianisme permet à l’homme de devenir maître de son destin. Cette thèse suscite évidemment des questions : que devient alors la religion ? Le processus de sécularisation ne conduit-il pas au nihilisme, à la perte du sens ?

4. Le kantisme

La philosophie de Kant apparaît comme un point d’aboutissement de la modernité et aussi comme un nouveau point de départ. Il faut lui consacrer une attention spéciale.
Pour Kant, connaître, c’est avant tout faire de la physique à la manière de Newton. Par exemple, on calcule comment deux masses en mouvement interagissent. Ceci suppose qu’on dispose de certaines idées qui ne dérivent pas de l’expérience mais qui s’appliquent à l’expérience (comme le principe de causalité). La raison théorique objective les phénomènes spatio-temporels, elle fait apparaître leur légalité. Mais elle cherche aussi à dépasser les phénomènes et à atteindre des réalités en soi. Par exemple, elle essaie de dire que l’âme est une réalité une, simple, agissant sur le corps (et des choses semblables concernant Dieu et le monde). Cette tentative est impossible selon Kant car la raison humaine ne dispose pas d’une intuition suprasensible. La métaphysique traditionnelle est dès lors vouée à l’échec.
Est-ce à dire que tout discours sur le moi, le monde et Dieu est impossible ? Kant ne le pense pas mais, selon lui, il faut utiliser la raison pratique pour développer un tel discours. Je m’apparais comme obligé de respecter autrui de manière inconditionnelle. Il y a là un « fait » qui n’a plus rien à voir avec l’expérience spatio-temporelle. Cet impératif ouvre de nouvelles perspectives : il m’apprend que je suis libre (car si je dois, je peux) et que le monde voulu par Dieu doit finalement permettre la réalisation de la moralité.

5. La pensée post-moderne

L’étape de la pensée nietzschéenne est celle de la « déconstruction », de la critique des illusions métaphysiques des anciennes visions du monde. C’est à son propos, ainsi qu’à propos de Marx et Freud, que le philosophe Paul Ricoeur a lancé l’expression : « Maîtres du soupçon ». Le soupçon va plus loin que la critique : il sape les bases mêmes sur lesquelles l’existence des hommes repose. A quoi s’en prennent les penseurs « postmodernes » ? Aux deux convictions les plus fortes qui animèrent les Modernes : celle selon laquelle l’homme serait le centre du monde, le principe de toutes les valeurs morales et politiques, d’une part, et celle selon laquelle la raison est une formidable puissance émancipatrice qui permet à l’homme d’être plus libre : en ce sens, la pensée postmoderne va s’ériger de manière critique – et avec Nietzsche de manière décapante – contre deux postulats : celui de l’humanisme et celui du rationalisme.

6. La marche des idées contemporaines

C’est une crise des fondements qui caractérise notre univers contemporain, crise par ailleurs visible dans l’économie (effondrement des marchés mondiaux), dans la science (structures dissipatives, théorie du chaos…), dans la philosophie (comment penser sans l’universel ?), dans le droit (remise en question de la législation comme c’est le cas dans l’actuel débat sur l’euthanasie), dans le domaine de l’art (où le beau n’est plus la norme de la création). Comment dès lors prétendre au « bien vivre » ? La pensée contemporaine, héritière de la violence sans précédents qui a motivé deux guerres totales, se trouve confrontée au défi d’un monde marqué par le progrès des technosciences et menacé par des inquiétudes environnementales qui résonnent comme autant d’appels à notre responsabilité. Nous nous intéresserons à des questions d’« éthique appliquée » : dans le domaine de la politique, notamment, avec Hannah Arendt et dans le domaine de l’environnement, avec le débat écologique contemporain dont Luc Ferry a donné un écho dans son ouvrage Le nouvel ordre écologique, mettant en débat les positions de M. Serres et de H. Jonas, fondateur d’une nouvelle éthique pour les générations futures. Opposée à la sphère privée, la sphère publique était glorifiée dans la démocratie grecque et valorisée à Rome : pour les Anciens, en effet, la liberté équivaut à l’exercice de la citoyenneté, la vie privée étant qualifiée « d’idiote », de pure singularité, de simple référence à soi. Or cette alliance au sein d’un espace public se réduit aujourd’hui à une « bulle », à un territoire où la liberté se réduit à l’épanouissement et à l’expression des individus. De l’injonction socratique du « Connais-toi toi-même » à la découverte de l’homme intérieur (Saint Augustin se dévoile devant Dieu) et à la légitimité du dévoilement de l’intime (devant les autres) à travers la virtualisation de nos rapports au monde, nous analyserons la naissance de l’individualisme moderne à travers des textes décisifs (le cogito cartésien, les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, l’autonomie de la liberté chez Kant) en les confrontant avec des analyses sociologiques et historiques qui tentent d’établir des liens entre espace psychologique, espace physique ou domestique et cyberculture, sur la toile de fond de ce que Gilles Lipovetsky dénonce comme l’ère du vide : le narcissisme contemporain.

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