Ecole Eupérieure des Arts


Cursus /

Philosophie/Général


Thème : « Quelle destinée pour notre époque technicienne ? »

Objectifs

Notre époque peut être caractérisée par une prolifération du développement technologique qui ne cesse de supporter davantage notre quotidien et suscite à ce titre un enthousiasme régulier. Mais en même temps, depuis les années 50, la technique comme objet d’étude ne cesse d’être remise en cause en ce qu’elle absorberait l’homme dans un réseau qui le contrôlerait au lieu d’être contrôlé. Le père de cette remise en cause qui a fait et continue de faire des émules, tantôt sous forme de détresse, tantôt sous forme de technophobie, est Heidegger. Pour le philosophe, la technique éclatant en réseau planétaire menacerait de disparition rien de moins que l’« être » lui-même, c’est-à-dire ce qui donne aux hommes à penser, ce qui conditionne la pensée.

Eu égard à des étudiants confrontés à des questions techniques dans un univers technique, le cours se propose d’évaluer la position heideggérienne en remontant aux racines du « mal » et en tentant de dépasser la mélancolie heideggérienne vers ce qui ne serait pas seulement un optimisme béat.

Compétences disciplinaires :

  Poser et se poser des questions en les formulant de manière adéquate.
  Identifier (sur base d’analyse structurale) un courant de pensée.
  Maîtriser les concepts en fonction de leur contexte.
  Faire dialoguer des regards divergents sur un sujet.
  Organiser une synthèse porteuse de sens qui rende compte du travail d’appropriation.
  Pouvoir dégager les enjeux actuels d’une problématique.
  Produire un commentaire qui excède la paraphrase.

Contenu

1/ DESCARTES
Depuis Heidegger, il est de coutume d’attribuer à la pensée cartésienne la paternité d’une modernité où la science délaisse l’accueil du monde pour s’imposer d’elle-même comme un projet de mathématisation de la nature. La science n’est plus à l’écoute du réel, elle somme la nature de parler son langage, le langage de la raison, le langage mathématique. S’inaugure ainsi l’ère de la domination technoscientifique. Mais a-t-on bien lu Descartes ? Le cogito (où s’enracine la science) se confond-il à l’origine avec un pur esprit s’opposant au monde qu’il pense comme une pure étendue géométrique ?

2/ LEIBNIZ
Si Descartes ramène la nature et le monde à des points mathématiques et du mouvement, Leibniz, à travers un rationalisme « baroque », dévoile par-delà l’élément géométrique un univers infini de forces et de résistances au sens de capacités primitives d’activités, lesquelles sont le seul moyen de concevoir les corps comme les âmes. Mais ces points métaphysiques ne sont pas simplement disséminés. Au-delà de la relation causale, toute chose est soumise à la loi d’une inflexible solidarité : dans la nature, rien ne se fait sans raison. Tous les principes de la pensée découlent du principe de « raison suffisante » que Leibniz, aux yeux de Heidegger, institue triomphalement.

3/ HUME
Toutefois, Descartes et Leibniz défendent un innéisme (les idées précèdent l’expérience) qui ne résiste pas au scepticisme de Hume.

4/ KANT
À son tour, l’esprit d’induction défendu par Hume ne rend pas compte totalement de l’efficience scientifique. En évitant aussi bien le scepticisme que le rationalisme dogmatique, Kant va faire la synthèse entre l’empirisme de Hume et le rationalisme de Leibniz. Mais chez lui le scepticisme se convertit en certitude et le rationalisme dogmatique aide à la connaissance. En effet, comme les empiristes, Kant admet que la connaissance provient de l’expérience mais pour lui, toute la connaissance ne vient pas de l’expérience. Kant fonde ainsi le système scientifique.

5/ HUSSERL
À l’heure où le règne de la science mathématique de la nature éclate, Husserl y discerne cependant une véritable crise : la subjectivité qui opère la science n’est pas reconnue et est mise hors circuit par celle-ci. La science occulte le monde de la vie qu’elle présuppose.

6/ HEIDEGGER
Mais la réflexion qu’opère Husserl s’engage d’ores et déjà, selon Heidegger, dans une aporie. Car le monde de la vie qu’occulte l’objectivation scientifique demeure, chez Husserl lui-même, un monde visé par un sujet. Or, pour Heidegger, tout le drame provient d’une « métaphysique du sujet » par quoi le réel tout entier devient objet d’un calcul et l’homme lui-même objet de manipulation. L’antihumanisme réduisant l’homme à du matériel constitue le terme de l’humanisme moderne où la science institue un regard technicien sur les choses. L’homme contemporain n’est plus qu’une fonction (ou le fonctionnaire) d’un vaste réseau où il sert d’instrument à une production mondiale qui n’a d’autre but que l’accumulation elle-même. Dans cette mondialisation technicienne, quelle place encore pour le langage du don, de la gratuité et de l’inutile, c’est-à-dire le langage de l’être ? Autrement dit, du point de vue heideggérien, le mal s’avère profond car l’essence de la technique ne détermine rien d’autre que le destin de notre époque.

7/ SIMONDON
Avec Simondon, l’espoir renaît. Pour lui, la technique en son essence est la réalité humaine. Car toute technique est l’œuvre d’une invention humaine, d’une concrétisation d’un faisceau de volontés humaines et de faits et gestes humains cristallisés en structure fonctionnelle. La prolifération technique dans le corps social signifie toutefois que les rapports sociaux ne peuvent être harmonieux que si la technique bénéficie d’un feedback social positif qui ne va pas de soi. Le déphasage entre les techniques et le corps social peut ainsi ouvrir la voie à une réflexion simpliste sous le mode technophobique ou technophilique. Mais en réalité, la technique recèle un mode d’existence tel que l’humanisation et la technique participent d’un même mouvement qui n’est pas de soi et par avance déterminé.

8/ LECTURE DE TEXTES

Evaluation

L’évaluation certificative passe par une évaluation formative préalable. Lors du second semestre, l’étudiant travaille des morceaux de textes choisis qu’il doit être capable de mobiliser, sur base des acquis de la 1ère année et des clés de lecture fournies par le professeur, en direction d’une interprétation cohérente, pertinente et précise. Ce travail, à chaque fois corrigé par une mise en commun, se fait, à terme, en situation d’autonomie. À l’examen écrit, sur base de son savoir-faire, l’étudiant met en perspective (cf. les compétences) et commente, c’est-à-dire traduit le plus précisément possible, un ou plusieurs textes non vus et non lus.


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