Ecole Eupérieure des Arts


Cursus /

Philosophie/Esthétique


MATIERE ET APPROCHE PEDAGOGIQUE

I. Constats contemporains : Point de vue adopté

Dans ce cours, nous mettons en perspective l’esthétique contemporaine en revisitant les paradigmes esthétiques historiques à partir de la seconde moitié du 19e siècle jusqu’au début de 21e siècle. En traversant les diverses tendances esthétiques, nous mettons en valeur l’importance du rapport entre affect, concept, forme et société. Notre commentaire s’élabore en prenant appui sur les ouvrages récents de M. Jimenez, C. Grenier, I. Ewig et G. Maldonado.

II. Mise en Perspective Historique de l’Esthétique Contemporaine

Une mise en perspective historique de l’esthétique contemporaine s’impose, puisque celle-ci est avant tout une esthétique référentielle qui puise dans les esthétiques du passé. Nous aurons donc besoin de remonter le temps jusqu’au fin-de-siècle, pour resituer brièvement quelques aspects esthétiques nécessaires à la compréhension de l’esthétique contemporaine et de la renaissance du pathos. Aussi donnerons-nous une brève synthèse de quelques paradigmes esthétiques historiques qui abordent des questions réinterrogées à l’époque contemporaine.

Modernité et avant-garde, années 60, 70 et 80 seront donc réinterrogés en fonction du contemporain. L’interprétation contradictoire de la modernité par l’art contemporain (tournant politique de l’esthétique : désenchantement du monde mais espoir de changement, ou expression positive d’un monde en progrès) enferme l’esthétique de la première partie du 20e siècle dans des controverses vives et résonne encore aujourd’hui. Le dynamisme, la virulence et la radicalité des avant-gardes historiques influence les mouvements artistiques après 1945, qui reprennent à l’infini le thème de la mort de l’art. Nous travaillerons à partir d’extraits des Manifestes futuristes, dadaïstes et surréalistes, et de Walter Benjamin. Les critères esthétiques abordés seront illustrés par quelques œuvres-phares de cette modernité auxquelles les avant-gardes contemporaines font référence : Baudelaire, Rodin, Picasso, Schwitters, Duchamp, Picabia, Dali...

Les années 60 se caractérisent par une atténuation de la querelle politico-esthétique et marquent le début de l’art contemporain : le développement des moyens de reproduction, les possibilités de diffusion massive, et l’accès large à l’art moderne et contemporain modifient la perception des enjeux esthétiques. Les systèmes de distribution et de production favorisent l’intégration de toutes les formes d’art passé et actuel. Tout cela mène à une explosion artistique (nouveaux réalismes, art militant, art conceptuel, art pauvre, corps politique). En marge se développe le pathos tragique de Beuys.

Les années 70 se caractérisent par une dématérialisation, une désacralisation et une libération de l’art. Selon H. Szeeman, les années 70 sont les années de redéfinition de l’art et marquent la fin du paradigme esthétique moderniste. Dans son exposition Quand les attitudes deviennent formes (1969), Szeeman défend des mythologies personnelles et met le doigt sur l’occultation du substrat pathétique de l’antiforme post-minimaliste. La performance et le body-art apparaissant dans les années 70 ouvrent le champ du pathos. Illustration par des œuvres (pathos tragique) de Bacon, Baselitz, McCarthy. Références au texte de Foucault.

Les années 80 sont marquées par le tournant culturel de l’esthétique sur fond de crise de l’esthétique moderne. Le "postmodernisme" réexamine de façon critique les acquis des avant-gardes et de la modernité. La disparition des avant-gardes, la mort de l’art, la fin de la critique et la crise généralisée des systèmes obligent l’esthétique à de nouveaux défis. Le débat entre art et philosophie de l’art modifient la manière de percevoir les rapports de l’homme post-industriel avec les différentes formes d’expression de la sensibilité et de l’imaginaire. Référence aux textes de Lyotard et de Deleuze. Sur le plan du pathos, le postmoderne opère comme simulationnisme et appropriationnisme de l’émotion. La France critique les artistes du pathos, ils sont accusés de trahison à l’encontre de la radicalité critique des avant-gardes. Commentaire d’exemples du pathos tragique : Christian Boltanski, Anselm Kiefer, Louise Bourgeois, Eva Hesse, Annette Messager, Bruce Nauman ; et du kitsch (citationnisme) : Jeff Koons, Wim Delvoye.

III. Tendances et Exemples du Pathos dans l’Esthétique Contemporaine (1990-2014)

Dans cette dernière partie, nous proposons d’aborder le phénomène de l’affect à l’époque contemporaine (1990-2014) à travers les vanités contemporaines et les œuvres hybrides travaillant autour de la figure de l’animal.
Ces 25 dernières années, on constate une réactivation et multiplication de la vanité (crânes, squelettes, symboles de la mort), sur le mode irrévérencieux et provocant. Les artistes qui proposent un renouveau contemporain de la vanité se situent dans la filiation des avant-gardistes historiques, mais détournent les codes de la vanité historique.
Nous passerons en revue une typologie des vanités comiques, et parcourrons plusieurs catégories, dont les vanités burlesques (humour noir) : Damien Hirst, Alain Séchas, Tony Oursler, Xavier Veilhan, David Altmejd, Robert Morris, ou John Currin ; les vanités humanistes : Annette Messager, Robert Gober, Jana Sterbak ; les vanités cérébrales et mélancoliques : Jeff Wall, Pierre Huyghe, Xavier Veilhan ; les vanités de répulsion : Robert Morris, Mike Kelley, Paul McCarthy, Wim Delvoye, Sam Taylor-Wood ; et les vanités monstrueuses (squelettes) : Maurizio Cattelan, Adel Abdessemed.

En second lieu, nous abordons le simulacre animal. Les années 1990-2014 voient apparaître de façon récurrente la figure de l’animal, associée à l’artiste ou à l’homme contemporain. Le simulacre animal contemporain présente deux traits esthétiques prépondérants, la dénaturation/la perversion et le jeu paradoxal avec les paradis perdus, et aborde la question du portrait contemporain. Les scènes de dénaturation sont le plus souvent des scènes de transgression. A travers l’animal, l’artiste touche directement à la question de la dignité de la représentation humaine. Les artistes abordés ici seront Paul McCarthy ; Mike Kelley ; Wim Delvoye ; Rosemarie Trockel ; Shimabuku ; Maurizio Cattelan ; Alain Séchas ; Katarina Frisch. Un deuxième trait esthétique du simulacre animal est le jeu paradoxal avec les paradis perdus. Oleg Kulik, Damien Hirst, Abigail Lane ou Paola Pivi proposent des scènes tantôt absurdes, tantôt faussement idylliques, tantôt post-apocalyptiques, évoquant des paradis perdus engloutis.

METHODE D’ENSEIGNEMENT ET EVALUATION

1. Ce cours se propose d’aborder les enjeux de l’esthétique historique et contemporaine de façon aussi pratique et interactive que possible. Il prendra la forme d’un atelier interactif où les étudiants auront un rôle important à jouer. Il se construira en deux temps : 2/3 du cours sera consacré à un commentaire de questions d’esthétique à travers des images d’œuvres, des textes d’artistes, des documentaires, des extraits de textes d’esthétique ; 1/3 sera consacré à des commentaires d’images et de textes de la part des étudiants. Nous fournirons à ce sujet les textes et les références esthétiques (bibliographie) et sensibiliserons les étudiants à la presse (artistique) autour de la problématique de l’affect exposé ci-haut (prévalence de l’affect sur le concept).

2. Les notes de cours, les images des présentations ppt, les extraits de textes d’esthétique et une bibliographie seront mis à la disposition des étudiants.

3. L’évaluation en BAC3 consistera en deux parties :

1° Une première partie d’évaluation continue en classe : chaque étudiant expose en cours un commentaire de texte d’esthétique (travail de groupe). Cette première partie vaut pour 1/4 des points. Le commentaire de texte esthétique résume les notions-clé du texte choisi, il les commente et les illustre (images, extensions, anecdotes) à travers une présentation ppt.

Les dates des présentations théoriques sont les suivantes (sous réserve de modification) :
1. 8 octobre 2014 : Marinetti, Manifeste futuriste
2. 15 octobre 2014 : Breton, Manifeste surréaliste
3. 22 octobre 2014 : Benjamin, L’œuvre d’art à l’ère de la reproductibilité technique
4. 14 novembre 2014 : Foucault : Surveiller et punir
5. 3 décembre 2014 : Grenier : Vanités Contemporaines

Durée de cet exercice : 10 minutes par personne. Les étudiants qui font partie du même groupe (de la même date de présentation) doivent collaborer. Ces présentations sont orales et il ne faut pas introduire de texte écrit. Apportez votre propre ordinateur portable en cours pour un exposé illustré par des images/textes.

2° Une seconde partie de l’évaluation sera organisée autour du travail de fin d’année.
a. L’étudiant commente un artiste ou une tendance abordés au cours, il les décrit, en expose les critères esthétiques et les contextualise. Chaque étudiant présentera son travail de fin d’année en cours (Durée de la présentation orale : 10 minutes). Cette présentation orale donnera lieu à des commentaires. Une version définitive du travail de fin d’année sous forme de dossier écrit sera remise en mains propres du professeur pendant la première session. (1/4 des points)
b. Réponse à une question portant sur la totalité du cours donnée début décembre (1/2 des points).

Date des présentations de fin d’année : 10-12-17-19 décembre 2014

Instructions spécifiques du travail de fin d’année :
1. Forme : 8 pages dactylographiées et reliées
2. Organisation du Contenu :
a. Description de l’œuvre ou de la tendance (1/2 page)
b. Commentaire : analyse des critères esthétiques de l’œuvre choisie + mise en perspective critique (référence au contenu du cours et à la bibliographie théorique du cours + intégration de 2 nouvelles sources critiques sur l’œuvre ou la tendance choisie) (2 1/2 pages)
c. Réponse à une question portant sur la totalité du cours (3 pages)
d. Bibliographie

Vous pouvez ajouter des images au-delà des 8 pages en annexe.

BIBLIOGRAPHIE

1. Textes sur l’esthétique (Dossier)
• Manifestes futuristes, dadaïstes, surréalistes (extraits) (fondements des avant-gardes modernes)
• W. Benjamin, "L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique", 1936 (reproduction de l’œuvre d’art et la notion d’aura)
• M. Foucault, Surveiller et punir (extrait), 1975 (déconstruction du paradigme structuraliste ; pour une théorie des affects et des humeurs du corps versus la Loi et l’État ; réapparition du sujet refoulé)
• F. Lyotard, La condition postmoderne, 1979 (pour la notion du postmoderne)
• C. Grenier, La revanche des émotions, Seuil, 2008. ("Vanités Contemporaines", "Faire la bête").

2. Ouvrages de référence
• Ewig Isabelle, Maldonado Guitemie, Lire l’art contemporain dans l’intimité des œuvres, Larousse, 2009.
• M. Jimenez, Qu’est-ce que l’esthétique, Folio/essais, 1997.
• B. Lenoir, L’œuvre d’art, Flammarion, 1999.
• A.-M. Lescourret, Introduction à l’esthétique, GF/Flammarion, 1999.
• P. Le Thorel, Dictionnaire des artistes contemporains, Larousse, 2010.


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